Employés d’IA et représentants d’IA : qui est juridiquement responsable lorsque l’IA agit au nom de votre entreprise?

Dans un monde en constante évolution technologique, l’intelligence artificielle (IA) joue un rôle de plus en plus central dans le fonctionnement des entreprises. Elle ne sert plus uniquement à aider les employés à rédiger des courriels ou à résumer des documents, mais elle est devenue un acteur clé dans divers processus opérationnels.
Les entreprises commencent maintenant à utiliser ce que l’on appelle des employés d’IA, agents d’IA, réceptionnistes virtuels, représentants commerciaux d’IA, recruteurs d’IA, agents de service à la clientèle et travailleurs numériques.
Ces systèmes d’IA sophistiqués peuvent communiquer avec des clients, fixer des rendez-vous, négocier certains achats, analyser des candidatures, recommander des décisions en matière d’emploi, préparer des contrats, offrir des rabais, traiter des plaintes et prendre certaines mesures sans qu’un humain approuve chaque étape. Cette évolution soulève des questions complexes sur la responsabilité juridique, notamment en cas d'erreur ou de mauvaise décision prise par ces agents d'IA.
Cela soulève une question fondamentale :
Si votre représentant d’IA commet une erreur, qui est responsable?
Une entreprise ne devrait pas présumer que la réponse est : « l’IA ».
Le droit continue d’évoluer, mais un principe devient de plus en plus important : la responsabilité juridique ne peut pas être déléguée simplement parce qu'une tâche a été confiée à une intelligence artificielle.
Déléguer une tâche à l’intelligence artificielle ne signifie pas nécessairement déléguer la responsabilité juridique de l’organisation.
Un « employé d’IA » n’est pas réellement un employé
L’expression « employé d’IA » est principalement un terme commercial et technologique. En Ontario, la Loi de 2000 sur les normes d’emploi définit l’employé en fonction d’une personne qui effectue ou fournit du travail ou des services dans les circonstances prévues par la Loi. Un système d’IA ne devient donc pas un employé au sens de la LNE simplement parce qu’une entreprise le présente comme un « employé numérique ».
Cela ne signifie toutefois pas qu’un système d’IA ne peut pas agir au nom de l’entreprise. En effet, la Loi de 2000 sur le commerce électronique de l’Ontario reconnaît déjà la notion d’« agent électronique » et permet la formation de contrats par l’interaction entre un agent électronique et une personne, ou entre des agents électroniques. Voilà une distinction essentielle.
Le système d’IA n’est peut-être pas votre employé. Mais il peut quand même poser des gestes ayant des conséquences juridiques pour votre entreprise, ce qui soulève des questions cruciales sur la gestion et la surveillance de ces technologies.
Ce qui compte réellement : quelle autorité avez-vous donnée à l’IA?
Que se passe-t-il si un représentant commercial d’IA offre le mauvais prix?
Accorde un rabais non autorisé? Promet une date de livraison impossible?
Fait une affirmation inexacte concernant un produit?
Accepte certaines modalités contractuelles?
Ou communique à un client un engagement que la direction n’avait jamais l’intention de prendre?
Il ne s’agit plus uniquement de questions technologiques. Il s’agit de questions de pouvoir, de contrat, de représentation, de confiance et de responsabilité.
Plus une organisation donne d’autonomie à un système d’IA, plus elle doit déterminer clairement ce que ce système est autorisé à dire et à faire. Cela implique une réflexion approfondie sur les limites de l'autorité accordée à ces systèmes, ainsi que sur les processus de vérification et d'approbation nécessaires.
« C’est l’IA qui a fait l’erreur » pourrait ne pas constituer une défense
L’affaire canadienne Moffatt v. Air Canada, 2024 BCCRT 149 constitue déjà un exemple important. Un client s’était fié à des renseignements inexacts fournis par un robot conversationnel sur le site Web d’Air Canada concernant les tarifs de deuil. Le Civil Resolution Tribunal de la Colombie-Britannique a conclu qu’Air Canada était responsable d’une déclaration inexacte faite avec négligence. Le Tribunal n’a pas accepté que l’entreprise puisse se dissocier des renseignements communiqués par son propre robot conversationnel.
Cette décision n’est pas une décision contraignante d’une cour d’appel ontarienne et les faits technologiques étaient limités. Elle demeure néanmoins très instructive, car elle illustre que lorsque l’entreprise met un système devant ses clients et leur permet raisonnablement de se fier aux renseignements qu’il fournit, elle ne devrait pas présumer que l’automatisation élimine sa responsabilité.
Les agents d’IA peuvent créer des obligations contractuelles
La Loi sur le commerce électronique de l’Ontario reconnaît expressément la possibilité de former un contrat au moyen d’agents électroniques. Cela devient particulièrement important avec les agents d’IA capables d’effectuer des achats, de négocier ou d’accepter certaines modalités. Les entreprises doivent donc déterminer à l’avance les limites de pouvoir de leurs systèmes.
L’autorité financière doit être définie. L’autorité contractuelle doit être définie. Les situations nécessitant une approbation humaine doivent être définies pour éviter des conséquences indésirables.
Le risque existe aussi en marketing et en vente
La Loi sur la concurrence interdit les indications fausses ou trompeuses sur un point important lorsqu’elles servent à promouvoir un produit, un service ou un intérêt commercial. Le Bureau de la concurrence a également reconnu que l’IA générative peut être utilisée dans des pratiques commerciales trompeuses. Si un représentant d’IA invente une fonctionnalité, exagère les résultats d’un produit, donne de faux renseignements sur une garantie ou présente un prix inexact, le fait que cette communication ait été générée automatiquement ne fait pas nécessairement disparaître le risque juridique.
L’utilisation de l’IA en RH présente des risques particuliers
L’intelligence artificielle est maintenant utilisée pour examiner des CV, communiquer avec les candidats, effectuer certaines évaluations et soutenir les décisions de recrutement. Depuis le 1er janvier 2026, certains employeurs ontariens qui utilisent l’intelligence artificielle pour présélectionner, évaluer ou sélectionner des candidats à une annonce publique doivent divulguer cette utilisation dans l’annonce. Les règles s’appliquent généralement aux employeurs comptant au moins 25 employés, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires applicables.
La Commission ontarienne des droits de la personne a également souligné que les technologies d’IA peuvent reproduire ou amplifier des formes de discrimination existantes.
Un employeur ne peut donc pas simplement dire :
« L’algorithme a rejeté le candidat. »
Les obligations de l’employeur en matière de droits de la personne demeurent pertinentes, et il est impératif que les employeurs prennent en compte les biais potentiels dans leurs systèmes d’IA.
Le même principe s’applique aux employés actuels lorsqu’une IA est utilisée pour analyser le rendement, l’assiduité, la discipline ou d’autres décisions importantes. Cela souligne l'importance d'une supervision humaine dans le processus de prise de décision assistée par IA.
La protection des renseignements personnels devient essentielle
Un agent d’IA peut avoir accès à une quantité considérable de renseignements, y compris des dossiers d’employés, des documents médicaux ou d’accommodement, des évaluations de rendement, des courriels, des contrats et des renseignements sur les clients. Chaque nouvelle permission accordée au système crée un risque supplémentaire pour la confidentialité et la sécurité des données.
Les autorités canadiennes chargées de la protection de la vie privée recommandent notamment que les organisations disposent d’une autorité légale pour utiliser les renseignements personnels, limitent leur collecte et leur conservation, mettent en place des mesures de sécurité adéquates et soient transparentes lorsque des personnes interagissent avec un système d’IA. Cela implique une responsabilité accrue pour les entreprises en matière de gestion des données.
La question n’est donc pas seulement :
« Que peut faire notre IA? »
Il faut également demander :
« À quelles informations peut-elle accéder? »
Le droit d’auteur demeure lui aussi en évolution
Une IA peut créer des textes, des images, des publicités, des rapports, du code et d’autres contenus. Le gouvernement fédéral a reconnu qu’il existe encore des incertitudes importantes concernant la titularité des droits, la propriété et la responsabilité lorsque le contenu généré par une IA porte atteinte à des droits d’auteur existants. Une entreprise ne devrait donc jamais présumer qu’un contenu est juridiquement sans risque simplement parce qu’il a été généré par une machine.
L’absence d’une loi unique sur l’IA ne signifie pas l’absence de responsabilité
En octobre 2026, le Canada continue de faire évoluer son cadre entourant l’IA. Le gouvernement fédéral vient notamment de terminer une consultation sur la transparence des systèmes d’IA, l’identification du contenu généré par l’IA et la traçabilité des actions entreprises par les agents d’IA. Le gouvernement reconnaît également que les lois existantes relatives à la protection des consommateurs et les principes traditionnels de responsabilité civile continuent de s’appliquer lorsque des systèmes d’IA causent un préjudice.
Autrement dit :
L’absence d’une loi intitulée « Loi sur les agents d’IA » ne signifie pas que l’entreprise évolue dans un vide juridique.
Les entreprises ont besoin d’un véritable cadre de délégation de l’IA
Avant de mettre en service un représentant d’IA, l’entreprise devrait déterminer précisément ce que le système peut faire seul, ce qui nécessite une approbation humaine, les actions qui lui sont interdites, les renseignements auxquels il peut accéder, les situations où il doit indiquer qu’il s’agit d’une IA, la façon dont ses actions seront consignées et qui demeure responsable de sa supervision. Plus l’IA devient autonome, plus la gouvernance doit être solide.
Les principes canadiens émergents en matière d’IA mettent d’ailleurs l’accent sur la responsabilité, la transparence, la surveillance humaine, les contrôles, la mise à l’essai et la gestion continue des risques. Cela implique que les entreprises doivent non seulement s’assurer que leurs systèmes d’IA fonctionnent correctement, mais aussi qu’ils respectent les normes éthiques et juridiques en vigueur.
L’efficacité ne remplace pas la responsabilité
L’IA peut augmenter considérablement la productivité. Elle peut travailler en permanence, gérer simultanément des milliers d’interactions et traiter des données à une vitesse inimaginable. Mais il faut comprendre une réalité importante. Un employé mal formé peut commettre une erreur. Un système d’IA mal configuré peut reproduire cette même erreur des milliers de fois avant que l’entreprise ne s’en rende compte. Cela souligne l'importance d'une formation adéquate et d'une supervision continue.
La question ne devrait donc pas être uniquement :
« Qu’est-ce que nous pouvons automatiser? »
La meilleure question est :
« Qu’est-ce que nous devrions automatiser, quelle autorité devrions-nous donner à l’IA et qui demeure responsable du résultat? »
Comment D&DCPD peut aider
D&DCPD Workplace Protection and Compliance Group aide les organisations à mettre en place des systèmes pratiques entourant l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle au travail. Cela peut comprendre les politiques d’utilisation de l’IA, les procédures relatives à l’IA en RH, les niveaux d’approbation de la direction, les processus de recrutement assistés par l’IA, les protocoles de confidentialité, les exigences de révision humaine, la formation des gestionnaires et employés ainsi que des cadres pratiques de gouvernance de l’IA.
L’objectif n’est pas d’empêcher les entreprises d’utiliser l’intelligence artificielle. Au contraire, l’objectif est de les aider à l’utiliser intelligemment, de manière à maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques juridiques et éthiques.
L’IA peut effectuer le travail.
Votre organisation doit néanmoins gérer le risque.
D&DCPD Workplace Protection and Compliance Group
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Protégez ce que vous avez bâti.
Cet article fournit uniquement des renseignements généraux et ne constitue pas un avis juridique. Le droit et la réglementation entourant l’intelligence artificielle évoluent rapidement, et les obligations applicables dépendront de la façon dont le système est utilisé, de l’endroit où il est utilisé et de son objectif.



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